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Dernière Nouvelles des Peuples, le projet des Betsimaraka
La forêt de Vohimana, située à l’Est de Madagascar, abrite une biodiversité exceptionnelle. Depuis des générations, les Betsimisaraka y développent une connaissance précieuse des plantes médicinales et de leurs usages traditionnels.
Aujourd’hui menacée par la culture sur brûlis et le charbonnage, l’ONG l’Homme et l’Environnement œuvre au côté des communautés locales à la sauvegarde de son patrimoine naturel et culturel. Soutenu par Ligne Verte Terre de Paix, le projet Vohimana poursuit plusieurs objectifs: préserver les savoirs ancestraux et la biodiversité, renforcer la transmission des connaissances locales et développer des initiatives durables au service des habitants.
Depuis le lancement du programme sur place, 3 grands axes ont été progressivement développés : la structuration et la transmission des savoirs médicinaux, le développement des solutions locales au service des communautés et la valorisation des savoir-faire et du lien au vivant.
Conserver et diffuser les savoirs médicinaux des Betsimisaraka
Afin d’en préserver la pérennité, l’association locale Vohiaina Salana “Vohimana en bonne santé” a été créée. Aujourd’hui, elle rassemble tradipraticiens, habitants et membres engagés dans la transmission de la pharmacopée traditionnelle.
Cette structuration a permis d’organiser la diffusion des savoirs, d’accompagner les pratiques médicinales locales et de professionnaliser la fabrication des remèdes naturels.
En parallèle, un important inventaire des ressources végétales a été réalisé, plus de 160 plantes médicinales ont déjà été répertoriées au sein de la forêt Vohimana. Afin de mieux valoriser ces ressources, des parcelles expérimentales ont été mises en place pour étudier les méthodes de culture, les usages thérapeutiques et les conditions de développement des espèces, en articulant savoirs traditionnels et connaissances scientifiques, avec l’accompagnement de l’Université d’Antananarivo.
Le laboratoire de la forêt
Pour développer des solutions locales au service des communautés, un espace dédié à la transformation des plantes médicinales a vu le jour: le Laboratoire de la Forêt. En complément de l’équipe R&D, ce laboratoire accueille également cinq laborantines issues de l’Association Vohimana Salama. Désormais, plusieurs femmes de la communauté y fabriquent des produits naturels à partir des ressources locales, tels que des huiles essentielles, savons, baumes, huiles de massage et plantes séchées.
À ce jour, une quinzaine de références ont été développées, commercialisées ou distribuées directement aux communautés locales, contribuant à la fois à la santé et au bien-être, tout en générant des revenus pour la communauté.
Des formations régulières sont organisées pour les équipes locales et les laborantines autour des normes QHSE (Qualité, Sécurité, Hygiène, Environnement), de la traçabilité et de l’utilisation thérapeutique des huiles essentielles, afin de sécuriser les procédés, professionnaliser la production et garantir la conformité des remèdes naturels. Dans une logique d’amélioration continue, des essais de séchage ont également été menés sur de nouvelles espèces telles que la Centella asiatica, pour la production de tisanes et de remèdes traditionnels améliorés, mettant en évidence la nécessité de systèmes de séchage plus élaborés afin de préserver les bienfaits des produits.
Par ailleurs, des campagnes de prévention sont régulièrement mises en œuvre, comme dans le cadre du programme “Santé Verte”, qui a permis la distribution de tisane d’Artemisia dans quatre villages en période de pic de paludisme, soit 546 doses au total, bénéficiant à 176 hommes, 231 femmes et 139 enfants.
En parallèle, la structuration de la filière des huiles essentielles se poursuit, notamment grâce à la formalisation de l’association Manarapenitra en coopérative Vohimana Nature Oil, en vue de relancer la production à partir de juin 2026. De nouveaux produits à base d’extraits végétaux à visée médicinale sont également en cours de développement en partenariat avec Zilyen Biret, aromathérapeute basé à La Réunion, afin de proposer des solutions adaptées aux besoins locaux. Enfin, un module pratique de massage a été intégré afin de diversifier les usages thérapeutiques et renforcer les compétences locales dans l’application des produits issus des plantes médicinales.
Valoriser les
savoir-faire et le lien
au vivant
Au-delà des plantes médicinales, les Betsimisaraka sont accompagnés sur leurs autres savoir-faire à travers la mise en place d’une résidence de recherche et de création autour des fibres végétales locales, organisée dans le cadre du projet La Route des Plantes – Le Chant des Forêts à la Réserve de Vohimana en novembre 2025.
Cette initiative a réuni le doctorant en design et revitalisation du patrimoine Domi Sanji, la coopérative Kanto composée de douze femmes artisanes Betsimisaraka, ainsi que les Tangalamena, garants des savoirs traditionnels, et Label CBD Consulting, spécialiste de la structuration des filières végétales et de la traçabilité des ressources.
À partir de raphia, de joncs et de roseaux, ainsi que de savoir-faire artisanaux tels que le tressage, le tissage et le crochet, de nouveaux objets ont été créés lors d’ateliers de co-création mobilisant design, écologie et anthropologie. Le projet a abouti à une dizaine de nouvelles références originales. Cette dynamique a donné naissance à la marque Mbarakaline, symbole de transmission et d’accueil, issue de la contraction de Mbarakaly (« ravis de te revoir ») et du suffixe
« -ine », en hommage à l’identité féminine et collective des artisanes, mettant en valeur la richesse du patrimoine immatériel et la pérennité des savoirs à travers leur transmission intergénérationnelle.
Une aventure collective qui continue
L’ensemble de ces actions illustre une dynamique vivante où savoirs traditionnels, recherche et innovation se nourrissent mutuellement au service des communautés et de la biodiversité.
Ce projet, encore en cours de développement, continue d’évoluer grâce à l’engagement conjoint des acteurs locaux et de leurs partenaires. Il ouvre ainsi la voie à de nouvelles initiatives à imaginer, à expérimenter et à transmettre, dans une logique de continuité et d’adaptation permanente.
Dans cette perspective, chacun peut contribuer à faire vivre et à renforcer cette démarche en soutenant
les actions de l’association et en participant activement à la préservation, à la valorisation et
à la transmission de ce patrimoine naturel et culturel unique.